Michel Ocelot parle des thèmes qu'il a voulu aborder dans ce film : "Le sujet qui me tenait le plus à coeur ? D'une part, tous ces gens qui se détestent — ils ont été élevés comme cela —, qui se font la guerre, d'autre part, les individus, des deux côtés, qui ne suivent pas, et qui s'estiment, s'aiment au-delà des barbelés. C'est cela qui me touche au plus profond. J'ai d'abord pensé à la France et l'Allemagne, mais on l'a déjà tellement fait, et nous sommes désormais tellement en paix, que je n'ai pas eu envie de revenir à ce passé lamentable et révolu. J'ai envisagé ensuite d'inventer un pays ennemi, avec une fausse langue étrangère. Inventer un pays ennemi, quelle triste idée ! (...) Et j'ai pensé à la vie quotidienne, en France, et dans le monde. Il ne s'agissait plus de traiter d'une guerre déclarée, mais d'une animosité ordinaire, entre citoyens de souche et citoyens récents, et, poussant plus loin, mais parallèlement, entre Occident et Moyen-Orient. J'avais mon sujet ! Une réalité brûlante, à traiter en conte de fée merveilleux."
Pour la préparation du film, le réalisateur s'est rendu dans les trois pays du Maghreb (Algérie, Maroc et Tunisie). Pour l'aspect architectural, il s'est inspiré des mosquées d'Istanbul mais aussi de monuments d'Andalousie. Les costumes ont été imaginés à partir de modèles issus de la civilisation persane, datant plus précisément du XVIe siècle (l'époque séfévide). Il s'est également nourri de peinture européenne, empruntant aux Flamands comme Van Eyck, ou à Nicolas Fouquet et aux Frères de Limbourg. L'oiseau du film (qu'on retrouve sur l'affiche) rappelle le simogh, oiseau fabuleux présent dans les contes persans. En revanche, le récit lui-même ne s'appuie pas sur un conte déjà existant : les personnages tels que la Fée des Djins ou le Lion écarlate aux griffes bleues sont nés de l'imagination de Michel Ocelot.
Au départ, Michel Ocelot avait inséré dans ses décors plusieurs figuiers de barbarie, semblables à ceux qu'il avait photographiés au Maghreb. Mais lorsqu'il a appris que ces plantes, d'origine américaine, n'existaient pas au Moyen-Age, il a dû les supprimer.
Lorsque les personnages s'expriment en arabe à l'écran, leurs propos ne sont pas-sous-titrés. Le réalisateur justifie ce choix audacieux : "J'ai pensé dès le début à l'obstacle des langues, car je voulais montrer l'état d'émigré, où la barrière du langage est une difficulté majeure. Ainsi, dans certains passages, je ne cherche pas à faire comprendre, pour qu'on se sente un peu perdu. Mais la plupart du temps, j'alterne les deux langues dans le dialogue, et une réponse renseigne sans équivoque sur la question. Je trouve aussi que cette absence de sous titres est une élégance... Et c'est également un cadeau que je fais aux enfants, entendre plusieurs langues. Je pense que c'est un évènement sonore séduisant."
Roi du dessin animé à la française, Michel Ocelot refuse l'expression "films pour enfants" : "On m'a souvent demandé comment je faisais des films pour les enfants. Mon secret, c'est que je ne fais jamais de films pour les enfants, car les enfants n'ont rien à faire de films qui sont pensés uniquement pour eux ! Les enfants ont besoin d'apprendre le monde, de découvrir de nouvelles choses. Ils n'ont pas besoin de rester en territoire connu, ni d'avoir une compréhension immédiate. Mes films sont faits pour toute la famille et je suis ravi de réunir tout le monde. Il y a certaines choses que je ne dis pas crûment, parce qu'il y a des enfants dans le public, mais je dis tout. Je ne peux pas faire un film qui ne m'intéresserait pas moi, aujourd'hui. Je suis mon premier spectateur, adulte et enfant, car j'ai tous mes âges en moi !"
Copyright © Allociné 2006.