Chris Marker vient de nous quitter. Le cinéaste était âgé de 91 ans, et s'il demeure largement inconnu du grand public, son œuvre, souvent théorique et expérimentale, a marqué durablement des générations d'artistes. En témoigne l'effervescence qui s'est emparée des réseaux sociaux quelques heures après l'annonce de son décès, qui aura sans doute permis aux plus jeunes cinéphages de découvrir l'existence d'un auteur à part. Car comme beaucoup d'autres avant et après lui, Marker fit partie de ces créateurs français qui auront réussi à attirer l'attention du géant du septième art, le tout puissant Hollywood.
À l'heure de sa disparition, l'occasion semble donc idéale de proposer un rapide tour d'horizon des Frenchies qui auront su attirer l'attention du cinéma américain, toujours avide de sang neuf.
À tout seigneur tout honneur, commençons par le sieur Marker, dont le film expérimental intitulé La Jetée a tapé dans l'œil averti de Terry Gilliam, qui décida d'en faire une adaptation grand public, devenue depuis un film culte. En effet le scénario à tiroir de L'Armée des douzes singes n'a rien d'une création originale, puisqu'il reprend la trame de La Jetée. Comme quoi, un métrage réflexif et alambiqué peut parfois devenir le terreau fertile d'un projet ambitieux, appartenant à un genre populaire par essence : la science-fiction.
La Nouvelle Vague fut évidemment une source d'inspiration majeure du cinéma américain, qui en transplanta les concepts outre-Atlantique pour revigorer le cinéma des studios, alors moribond. Cette période, connue des historiens sous l'appellation de Nouvel Hollywood, permis à de nombreux auteurs tels que Dennis Hopper, Francis Ford Coppola, Scorsese ou encore De Palma de faire émerger un cinéma plus agressif et transgressif que par le passé. On y retrouve ce qui faisait alors l'originalité du cinéma hexagonal, à savoir une multitude de séquences en caméra portée (ou à l'épaule) une volonté de sortir les tournages de l'enceinte des studios ou plateaux artificiels pour l'amener dans la rue, au sein de décors réels.
Pierrot Le Fou (Jean-Luc Godard)
Mais le cinéma d'auteur américain n'a pas été le seul à s'inspirer du mouvement, ainsi, Steven Spielberg, auteur de studio par excellence, revendique haut et fort l'influence de Truffaut sur son cinéma. La complicité, humaine et artistique entre les deux hommes aboutit d'ailleurs à la participation de Truffaut dans Rencontres du Troisième type, qui constitue dans son approche moderne de la SF un véritable tournant, et cristallise les influences anglo-saxonnes et françaises avec une acuité remarquable. La place donnée à l'individu, à al représentation du quotidien des classes moyennes est à ce titre exemplaire.
De même, si la société de production de Quentin Tarantino s'intitule A Band Apart, il ne s'agit pas d'un hasard, mais d'un hommage appuyé à l'un des films cultes du réalisateur. En effet, le réalisateur de Pulp Fiction et du très attendu Django Unchained est un fan absolu de l'œuvre de Jean-Luc Godard, notamment de Bande à Part, dont il s'inspire régulièrement dès lors qu'il met en scène ses fameux dialogues en roue libre, où l'improvisation et la liberté de la caméra sont autant d'ingrédients issus de la Nouvelle Vague.
Une influence que revendique également un autre cinéaste majeur, le talentueux James Grey, auteur de quelques films noirs renversants, tels The Yards, La Nuit nous appartient, ou le romantique et ténébreux Two Lovers. La filiation semble évidente dès lors que l'on analyse le dispositif de la mise en scène, brillant, et très proche des théories qui bouleversèrent le septième français dans la deuxième moitié du XXème siècle. Peut-être faut-il voir plus qu'un hasard dans le fait que l'artiste entretienne une solide camaraderie avec Guillaume Canet, dont il a engagé l'épouse, Marion Cotillard, pour tenir le rôle principal de son prochain film.
Car les Français ne se sont pas arrêtés à la Nouvelle Vague, loin de là. Ainsi, si certains se sont cassés les dents sur le géant hollywoodien (Pitof et son Catwoman de sinistre mémoire), d'autres ont su apporter en Amérique un souffle de fraîcheur inattendu. C'est le cas d'Alexandre Aja, dont le remake de La Colline a des yeux laissa une bonne partie des spectateurs bouche bée, prouvant par là même qu'un petit Frenchie pouvait réussir mieux que quiconque à réaliser un film d'horreur typiquement américain. Succès réitéré avec Piranha 3D, sommet d'horreur teenage et d'humour campy, et que l'on espère voir démultiplié avec la mise en chantier de Cobra, adaptation ultra-ambitieuse de l'anime éponyme.
Aja n'est pas le seul à inspirer Hollywood et à pouvoir marcher sur ses plates-bandes. Ainsi, Pierre Morel, réalisateur de Taken, a surpris tout le monde en signant un des plus gros succès à l'international du cinéma français. À tel point que les producteurs du récent Safe ont ouvertement fait savoir que le film, dont ils ont engagé le monteur, se voulait dans la droite lignée de Taken. Quant à Jean-Pierre Jeunet, si son quatrième volet de la franchise Alien n'a pas eu le succès escompté, il n'en demeure pas moins la preuve que le cinéma français n'en finit pas d'attirer l'attention et la convoitise des majors américaine, consciente d'y trouver une pépinière de talents.
C'est pourquoi les studios n'hésitent pas à produire de nombreux remakes de films français. À ce titre les polars hexagonaux ont une très bonne cote à Hollywood, comme en témoigne le récent remake de Pour Elle, de Fred Cavayé, devenu Les Trois prochains jours, avec Russell Crowe. Après avoir séduit le public et la critique américaine au festival de Toronto, Nuit Blanche devrait également connaître les joies du remake, non sans être préalablement sorti sur le territoire américain, rebaptisé Sleepless Night.
La comédie française inspire également le géant hollywoodien, qui n'hésite pas à y puiser moult concepts. La Totale s'était ainsi transformer en blockbuster réalisé par James Cameron (True Lies), tout comme Trois hommes et un couffin, également revisité à la sauce californienne. La tendance ne s'est pas inversée ces dernières années, quoique les attentes aient parfois été déçues. En effet, Le Dîner des cons ne sort pas grandi de Dinner For Schmucks, sa version américaine, tandis que les studios auront fait tout leur possible pour ne pas trop communiquer autour de version américaine de LOL, avec Miley Cirus et Demi Moore, dont les échos sont largement négatifs. Et si l'on est sans nouvelles du remake de Bienvenue chez les Ch'tis, Will Smith assure qu'il compte bien concrétiser le projet.
Enfin, c'est le succès phénomène de l'année dernière, Intouchables, qui connaîtra prochainement une sortie sur le territoire nord américain, ainsi qu'un remake en bonne et due forme. Un événement important quand on sait que le magazine Variety avait considéré le film comme raciste à tendance lourdement paternaliste. Comme quoi, polémique ou pas, le cinéma français n'en finit pas d'inspirer Hollywood.

