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    La Guerre des Blanche-Neige

    Blanche-Neige

    Les salles obscures accueillirent l'an dernier un duel fratricide : la guerre des Guerre des boutons. Ce combat à mort est sur le point de se reproduire, dans un contexte radicalement différent. Il ne s'agit ici ni de films français ni de remake, mais de deux adaptations divergentes du célèbre conte Blanche-Neige et les sept nains.

    Qui saura séduire le public et/ou la critique ?

    Blanche-Neige, avec Julia Roberts et Lily Collins (sortie le 11 avril), ou Blanche-Neige et le chasseur, avec Charlize Theron et Kristen Stewart (sortie le 13 juin) ?... Difficile de se prononcer tant les deux projets recèlent d'atouts dans leurs manches.

    Deux réalisateurs aux parcours singuliers

    Tarsem Singh est l'homme derrière Blanche-Neige (Mirror Mirror aux États-Unis). Issu du clip, il se fit remarquer en 2000 avec The Cell, thriller où officiaient Jennifer Lopez et Vince Vaughn, coincés dans le subconscient d'un psychopathe. Le film ne fit pas date pour son scénario ou son interprétation, mais sut proposer au public des images fortes et inoubliables. C'est là la signature de Tarsem, qui enchaîna avec The Fall (inédit chez nous) aux qualités et défauts équivalents, avant de signer l'an dernier Les Immortels. Ce dernier a beaucoup déçu, tant visuellement que sur le fond, laissant à ses (nombreux) fans l'espoir qu'il se rattrape avec le conte frapadingue qu'il signe aujourd'hui.

    Rupert Sanders, de son côté, réalise avec Blanche-neige et le chasseur son premier film, mais n'est pas pour autant un débutant, bien au contraire. Le jeune metteur en scène a à son actif plusieurs courts-métrages ainsi que quelques remarquables campagnes de publicité. On lui doit notamment plusieurs spots très réussis pour un déodorant célèbre, ainsi qu'une des plus impressionnantes campagne de publicité filmée pour un jeux vidéo, celles de Halo 3, particulièrement riche et originale formellement. Sanders a donc tout à prouver, et entend bien tout faire pour ne pas retomber dans l'oubli. Un gage de qualité ?

    Humour contre aventure

    Tandis que Blanche-Neige (avec Lily Collins) revendique un ton badin et enfantin, son adversaire entend nous faire vivre une grande aventure. Ici, point de lutins rigolards ni de potions hilarantes, mais des armures, des chevaliers et des hallebardes. Dans Blanche-Neige et le chasseur, les princes ne sont pas charmants et personne ne sent la rose, comme en témoigne la bande-annonce, qui fait la part belle aux combats et affrontements entre la maléfique Reine et ses adversaires.

    Le film de Tarsem se veut donc une œuvre à destination des plus jeunes, riche en gags, retournements de situations et passages émouvants, comme en témoigne le traitement de la grande méchante, ridicule au possible, et le prince gaffeur, qui devrait réjouir les enfants. Ces derniers risquent en revanche de cauchemarder un chouïa devant le sombre bestiaire de la forêt noire de Sanders...

    Conte de fées, ou dark fantasy ?

    Les nostalgiques des histoires narrées au coin du feu seront à leur aise devant Blanche-Neige, qui reprend à son compte l'esthétique des contes de fées. Une ambiance qui sied à merveille à Tarsem, spécialisé dans les délires architecturaux, les couleurs vives et les costumes délirants. Les connaisseurs de son cinéma apprécieront sans doute l'orientation du projet, qui fait la part belle à un univers merveilleux, aux relents sucrés.

    Blanche-Neige et le chasseur choisit de trancher radicalement avec les codes balisés de la féérie classique, pour se revêtir des oripeaux de l'Heroic et de la Dark Fantasy. Dragons, sorcières, chevaliers, monstres en tous genres, batailles épiques et donjons gothiques sont autant d'ingrédients d'une recette popularisée au cinéma par Willow et autres Seigneur des Anneaux. Une ambiance épique et résolument plus masculine donc, qui pourrait attirer les spectateurs en manque de sensations fortes.

    Stars ou pas stars ?

    Tarsem sait que la tonalité malicieuse et enfantine de son film lui permet de ne pas dépenser des millions sur son casting. Ainsi, seule Julia Roberts fait office de véritable star à l'affiche. En effet, Lily Collins connaît un début de carrière prometteur, mais est encore largement inconnue de ce côté de l'Atlantique, tandis que le buzz autour du brillant Armie Hammer est encore balbutiant. Une approche qui permettra peut-être au public de ne pas voir une histoire auquel il est attaché dénaturée par une distribution envahissante.

    Blanche-Neige et le chasseur a fait le choix opposé. Estimant que sa tonalité plus adulte était un risque supplémentaire, et pouvait éventuellement éloigner des écrans les spectateurs acquis à la cause des contes classiques, Rupert Sanders a préféré s'appuyer sur un casting haut en couleur. Tout juste réchappée de la saga Twilight, Kristen Stewart aura pour mission de rameuter ses hordes de fans égosillées, tandis que le musculeux Chris Hemsworth  (Thor) est là pour signifier aux spectateurs masculins qu'ils trouveront là leur dose d'action virile (grâce à un corps d'athlète et un charisme animal que la gent féminine pourrait apprécier à sa juste valeur). Charlize Theron en cruelle reine nécromancienne devrait quant à elle attirer l'œil des hommes comme des femmes, le temps d'un sensuel et esthétique bain lacté.

    Au final, les deux projets auront eu la sagesse de choisir deux approches tout à fait différentes, quoique aussi sophistiquées et travaillées l'une que l'autre. Et vous ? De quel côté votre cœur penche-t-il ?

    Blanche-Neige et le chasseur

    Voir également : Le guide ciné du printemps