Il arrive que les voies de la distribution soient impénétrables. Tandis que les énormes blockbusters américains débarquent dans le monde entier avec une synchronisation quasiment parfaite, des projets plus modestes ou pointus peuvent mettre des mois, voire des années à atteindre les écrans, quand bien même ils sont achevés et précédés d'une réputation avantageuse. C'est le cas de deux œuvres cette semaine, le glaçant Margin Call, qui décortique avec brio les mécanismes de la crise, et La Cabane dans les bois, paradoxalement sauvé par une bande de supers héros. Un sort peu enviable, que n'aura pas connu la tranche de nostalgie de la semaine, à savoir le quatrième épisode de la célèbre saga American Pie.
La Cabane dans les bois
Le film, réalisé par Drew Goddard (Cloverfield) et scénarisé par Joss Whedon (Toy Story, The Avengers) avait crée le buzz il y a près de trois ans, grâce à ses deux prestigieux auteurs, et une série d'affiches promotionnelles qui nous promettaient un film d'horreur d'un genre totalement nouveau. Depuis ? Rien ou presque, le film a pris la poussière sur les étagères des studios, menacé par leur faible santé financière et un ton réputé résolument à part. Heureusement, les Avengers (et leur succès, aussi bien critique que public) sont passés par là, et ont comme par magie ouvert les yeux des distributeurs, lesquels ont subitement réalisé le potentiel commercial de la chose. Après ces années d'errance, on craignait grandement quant au résultat final, heureusement, Goddard et Whedon ont une fois de plus su nous surprendre. Car c'est bien d'un film fantastique à part qu'il s'agit, puisque nous y suivrons non pas les traditionnels teenagers décérébrés voués au massacre, mais un groupuscule d'étranges fonctionnaires, occupés à leur tendre une série de pièges mortels. Le résultat s'avère détonnant, drôle et inventif, et toujours mortel. En réalité, bien plus qu'une énième pochardise gore, La Cabane dans les bois s'avère une habile métaphore du comportement du spectateur, entité adepte de rituels immuables, insensible au sort des pantins qu'elle regarde choir.
American Pie 4
Avouez que si la fin du monde est pour cet hiver, il serait tout de même regrettable de ne pas reprendre une ultime part de tarte ! N'attendez ni nouveautés ni révolution de la part de cet opus, mais une grande bouffée de nostalgie. Tous les personnages du passé sont convoqués dans un touchant baroud d'honneur, aux accents plus nostalgiques qu'attendu. Comme les acteurs qui les interprètent, les membres de la joyeuse bande ont eu bien du mal à passer le cap de la trentaine, aigreur, désillusions,frustrations sont leur lot quotidien. D'une vie sexuelle déserte, en passant par une vie de couple morne, des échecs personnels ou des compagnes envahissantes, les garçons sont bien perdus dans l'océan de l'âge adulte, et entendent profiter d'une réunion de leur promotion de lycéen pour mettre bon ordre dans leur existence. Si l'innocence semble définitivement perdue, le mélange d'humour gras et de mélancolie aboutit à un résultat étonnant, plus désenchanté sans doute, mais pas moins attachant.
Margin Call
Quel dommage que cette fiction, qui fit forte impression aux U.S.A, connaisse une sortie aussi tardive. Margin Call, avec un réalisme et une pédagogie stupéfiants, dissèque les mécanismes de la crise des subprimes, déclencheur de l'actuelle crise de la dette mondiale, et plus spécifiquement européenne. L'action se concentre sur quelques heures, lorsqu'un groupe de banquiers, financiers et traders réalisent que le système est sur le point d'imploser, et tentent par tous les moyens de trouver un échappatoire, avec le succès que l'on connaît, la suite faisant désormais partie de l'histoire. Le scénario a beau être complexe et extrêmement précis, la mise en scène et les comédiens font des merveilles pour vulgariser et rendre accessibles les problématiques qui surgirent soudainement sur les marchés internationaux. Pour ce faire, J.C Sandor a convoqué la crème des acteurs anglo-saxons, et nous propose un casting de haute volée : Kevin Spacey, Jeremy Irons, Paul Bettany, Zachary Quinto, Demi Moore et Simon Baker. Une plongée aussi étouffante qu'angoissante dans les arcanes de la crise, indispensable pour comprendre la terrible mécanique qui provoqua le vacillement des économies mondiales.
Si l'omniprésence estivale du cinéma américain vous court gentiment sur le haricot, ne paniquez pas, cette semaine vous permettra également de découvrir deux noires pépites, provenant respectivement du Mexique et de Suède. Miss Bala narre les tragiques mésaventures d'une reine de beauté qui s'apprête à découvrir la corruption vertigineuse d'un pays où les narco-trafiquants sont prêts à tout pour s'infiltrer jusque dans les plus intimes rouages du pouvoir. Babycall permettra aux fans de Noomi Rapace de patienter en attendant Prometheus de Ridley Scott, grâce à ce thriller nordique et poétique, où une femme au bord de la crise de nerfs tente par tous les moyens de protéger son enfant d'un père violent, tout en sombrant lentement dans la folie.


