Chaque nouveau long-métrage réalisé par la société Pixar est un événement, attendu par les plus jeunes comme les cinéphiles pointus.
Car les équipes artistiques du studio ont su en un peu plus d'une décennie révolutionner l'animation moderne, et prouver que les performances techniques étaient tout à fait compatibles avec de grandes exigences esthétiques et qualitatives. Toutefois, après avoir été racheté par Disney et avoir déçu une partie du public avec Cars 2, Pixar fait aujourd'hui face à un des premiers défis de son existence : pourvoir se renouveler tout en conservant son public. La dernière production du studio, Rebelle, relèvera-t-elle le défi ?
Un scénario tenu secret
Le fait est suffisamment rare pour être précisé, le scénario de Rebelle n'a pas été révélé par les nombreux trailers et autres featurettes qui envahissent la toile. Disney a eu la sagesse de ne pas céder à la mode de plus en plus pressante, qui consiste à donner aux spectateurs la quasi-totalité du scénario dès la bande-annonce, dans le but d'abreuver le spectateur potentiel du plus d'images alléchantes possible. Sachez donc que les différents passages que vous avez pu découvrir appartiennent presque tous à la première bobine du film, qui vous réserve donc une très grosse surprise à travers un rebondissement assez inattendu...
La première princesse de la firme à la lampe
Les princesses sont des personnages emblématiques des contes et récits initiatiques, comme en témoigne la filmographie de Disney, qui a eu souvent recourt aux héritières (La Belle au bois dormant, etc...) pour porter ses histoires. Pixar en revanche, dans sa volonté de se démarquer de son modèle, n'avait encore jamais portraituré de semblable jeune femme. Connaissant les talents d'écriture de cette écurie de l'animation, ses arcs narratifs au cordeau et ses personnages ciselés, on ne peut qu'être impatient de découvrir quelle sera la destinée de Merida.
Une première héroïne gay ?
On pensait tout connaître des princesses, mais cette Rebelle devrait trancher avec leur représentation classique. Il ne sera pas question ici de mariage, ni de rencontre amoureuse ou d'une quelconque forme de romance, mais bien de la lutte farouche d'une jeune femme pour son émancipation des codes patriarcaux. Il n'en fallait pas plus pour que la célèbre publication Entertainment Weekly s'interroge sur la sexualité de l'héroïne, et soupçonne Pixar d'avoir réalisé avec ce film la première aventure gay du cinéma d'animation. Les réalisateurs du long-métrage se sont bien gardés de répondre, et ont seulement précisé que le film ne permettrait pas de trancher, ne voulant par définition pas enfermer un personnage en quête de liberté. Quand on se souvient que les chevelures rousses furent longtemps synonymes de marginalité voire de proximité avec le Malin, nul doute que l'identité de Merida fera jaser...
Redresser la maison Pixar
Un grand défi attend le studio, car si à première vue tout pourrait laisser croire qu'il se porte pour le mieux, plusieurs signaux récents ont inquiété les observateurs. L'accueil mitigé et le succès moindre que prévu de Cars 2 ont suscité une vive inquiétude, tandis que l'achat de la maison par la firme Disney pour un prix jugé exorbitant (plus de sept milliards de dollars !) a généré quelques angoisses quant à la viabilité de cette nouvelle entité, à l'heure où l'échec de John Carter n'a été que partiellement compensé par le succès historique des Avengers. Par conséquent, et malgré le démarrage tonitruant de Rebelle au box-office américain, l'action Pixar a connu une baisse remarquée en bourse. Le film ne doit donc pas seulement être rentable et satisfaire le public (deux éléments quasiment acquis d'avance), mais également rassurer les investisseurs et les spécialistes quant aux capacités créatives de Pixar, qui constituent la véritable richesse de l'entreprise. Point d'alarmisme excessif ici, mais le fait que Merida donnera le ton du futur immédiat de l'alliance Disney/Pixar, et façonnera donc le paysage de l'animation telle que nous la connaîtront dans les prochaines années.

