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    Ryan Gosling : l’acteur phare de l’automne

    S'il n'est pas encore ce qu'il convient d'appeler une super-star, Ryan Gosling est un des comédiens dont la cote grimpe très vite.

    Peut-être le connaissez-vous vaguement, peut-être avez-vous déjà vu son visage... quoi qu'il en soit, vous risquez fort de tomber sous le charme de ce comédien atypique, à l'affiche des oeuvres les plus excitantes du moment.

    Paradoxalement, Ryan ne rentre dans aucune des cases actuelles du star system. Les célébrités les plus en vues au cinéma sont de plus en plus jeunes, comme en témoigne les éclatants succès de Twilight ou encore de Glee. Ces divertissements fournissent à Hollywood des batteries de comédiens extrêmement malléables et peu chers. Mieux encore, ils séduisent un public féminin adolescent, le coeur de cible de la production. En effet, le public des salles obscures est majoritairement jeune, et la plus grande partie de ces messieurs ne rechigne jamais à accompagner une plaisante demoiselle au cinéma. S'il ne s'agit pas là de l'unique source de spectateurs, c'est néanmoins la tranche de public indispensable à toute réelle réussite commerciale.

    Ryan Gosling est ce que beaucoup appelleraient un beau gosse, voire un bellâtre. Hélas, de charmants blonds trentenaires, Hollywood en regorge, et quelques-uns sont déjà parmi les acteurs les mieux payés de leur génération. Autant dire qu'il y a peu de place. Si l'on ajoute à cela une absence à peu près totale de particularités physique, et un timbre de voix plutôt commun, le beau Ryan semble tout d'un coup bien mal barré au milieu des requins de l'industrie cinématographique.

    Pourtant, l'artiste a su faire de ces apparents désavantages une force, en misant sur deux atouts, qui se révèlent aujourd'hui payants : son pur talent, et ses choix. À l'heure où de plus en plus de comédiens laissent à leur agent le choix de leur film, Gosling s'est toujours fait fort de choisir non pas les projets les plus excitants, non pas les plus spectaculaires, mais ceux à même de souligner les qualités de son jeu. Il est ainsi révélé en 2001 par Danny Balint, petit film indépendant où il interprète un militant antisémite en pleine perdition, qui cache tant bien que mal ses origines juives. Et si Calculs Meurtriers ou N'oublie Jamais ne rencontrent pas le même succès critique, il s'y taille une très belle place.

    Le public va recommencer à s'intéresser à l'artiste avec Blue Valentine, qui valu à sa partenaire Michelle Williams d'être nominée aux Oscars. À peine distribué en France, le long-métrage narre la relation tumultueuse d'un couple toujours sur le point d'éclater, un mélodrame sensible et poignant. C'est cette réussite discrète qui lui aura permis d'être en haut de l'affiche de trois des films les plus attendus de 2011.

    Alors que rien ne le prédestine aux rôles comiques, Ryan explose dans Crazy Stupid Love (actuellement à l'affiche), où il joue un playboy dispensant ses bons conseils à un père de famille en plein divorce. Malgré quelques faiblesses rythmiques et un scénario cousu de fil blanc, l'ensemble emporte l'adhésion en grande partie grâce à l'acteur. Il insuffle à son personnage un sérieux et un premier degré qui font immédiatement mouche. Là où les Will Smith et autres Romain Duris jouaient la distance et le second degré, il met dans sa composition une véritable foi, qui provoque instantanément l'hilarité.

    Les plus grands comprenant qu'ils ont affaire à une valeur sûre et à un artiste sur le point de révéler son potentiel explosif, c'est tout naturellement que George Clooney a fait appel à lui pour son prochain film événement. En effet, le comédien est également réalisateur, et a toujours porté un soin méticuleux à ses castings. Gosling est le personnage principal des Marches du pouvoir, un thriller politique millimétré et impitoyable, qui raconte la descente aux enfers d'un jeune communiquant extrêmement doué, qui va découvrir avec effroi que ses idéaux sont piétinés par ceux-là même qui l'emploient. Voici un long-métrage important et sans concession, qu'on qualifierait presque d'utilité publique en ces temps d'élections... Nous reviendrons très prochainement sur cette oeuvre noire et palpitante, qui sortira en France le 26 octobre.

    Mais c'est mercredi prochain que Ryan Gosling décrochera peut-être le succès capable de le faire entrer au panthéon des grands comédiens. En effet, il sera à l'affiche de Drive, le film d'action le plus marquant de la décennie, qui a littéralement laissé le festival de Cannes à genoux. Il y a remporté le prix de la mise en scène, et d'aucun s'accordent à dire que si Tree of Life n'avait pas été là, son réalisateur Nicolas Winding Refn serait reparti avec la palme sous le bras. Le scénario est des plus classiques, un homme, cascadeur le jour et chauffeur de braqueurs la nuit tombée, voit son existence parfaitement réglée voler en éclats le jour où il rencontre une mystérieuse jeune femme. De cette trame vue et revue, le réalisateur parvient à tirer la quintessence du genre, à tel point que le spectateur oublie souvent qu'il connaît déjà les principales figures convoquées par le métrage.

    Mais le meilleur effet spécial du film demeure Gosling. Tour à tour charmeur, calme, glacial, il se mue soudain en ange exterminateur, en vengeur implacable et violent. Des contrastes que le comédien manipule avec une maestria digne qui force le respect.

    Il est rares d'avoir un réel coup de coeur pour un interprète, mais c'est notre cas ici. En l'espace de trois films : une comédie, un thriller politique et un film d'action, Ryan Gosling impose son talent et prouve qu'il est aussi à l'aise avec le rire, le tragique, que le divertissement de masse. Rien ne semble pouvoir arrêter aujourd'hui cet artiste aux multiples facettes.