Un bonheur n'arrive jamais seul
Si l'on a trop souvent raillé la carrière de Sophie Marceau comme la fulgurante réussite d'une belle gosse un peu trop lisse, il convient, alors que sort Un Bonheur n'arrive jamais seul, de se remémorer son parcours. Car L'interprète de La Boum ne saurait être cantonnée à son physique et ses atours, tant ses choix de comédienne révèlent une diversité et une richesse étonnantes. Plus que jamais, elle s'impose comme l'une des artistes majeures du Septième Art, une actrice complète et imprévisible.
La Boum
Cette jeune fille qui, en 1980, passe sans grande conviction le casting du film de Claude Pinoteau pouvait-elle seulement imaginer la carrière qui s'ouvrait à elle ? Sans doute pas. Immense succès populaire, le long-métrage devient instantanément le mètre-étalon de la comédie de mœurs à la française, et fait de Sophie la figure de ce qu'on n'appelle pas encore la girl next door. Le public est sous le charme, à tel point qu'il fera un triomphe au deuxième épisode, lequel vaudra un César du meilleur espoir à la comédienne, encore débutante.
Fort Saganne
Avec une audace que personne n'attendait, l'actrice décide d'emprunter pour pouvoir racheter le contrat qui la lie avec la Gaumont et l'empêche de choisir ses prochains films. Elle pourra ainsi s'offrir un rôle déterminant dans sa carrière, puisqu'elle quitte ici le terrain de l'adolescence pour rejoindre une grande fresque initiatique aux côtés de Gérard Depardieu. De nouveaux spectateurs la découvrent, et celui qui est en passe de devenir une légende l'adoube, il ne fait alors plus aucun doute que se dessine une carrière d'exception.
L'Amour braque
Mais l'artiste n'entend pas demeurer uniquement une comédienne populaire. Sophie s'intéresse également au cinéma d'auteur, et souhaite être une actrice qui compte. Une ambition que remarquera le réalisateur Zulawski, son futur époux, qui lui propose un rôle sulfureux dans L'Amour braque. Le film met en scène les amours passionnées d'un trio enfiévré, composé d'un innocent, d'une prostitué, et d'un gangster hystérique. Marceau y surprend les cinéphages, qui n'ont plus face à eux la gamine touchante des débuts, mais une femme à la sensualité dévorante, et au talent renversant.
Police
Si Maurice Pialat n'a pas encore reçu sa Palme d'Or, il n'en est pas moins un des auteurs majeurs de l'époque, le porte drapeau d'un cinéma vérité âpre et souvent bouleversant. Loin de tout glamour, l'actrice joue ici une menteuse compulsive et retrouve Depardieu dans cette peinture naturaliste du quotidien policier. Insatiable, multiple et réactive, Sophie Marceau n'en finit pas d'étonner le public, dans une poignée de scènes impressionnantes, où elle pousse l'engagement physique jusqu'à être réellement frappé par son partenaire de jeu.
Braveheart
Passage obligé pour tout comédien hexagonal désireux d'atteindre les sommets, le cinéma américain demeure un délicat défi. Relever le challenge de s'imposer outre-Atlantique est un jeu dangereux, qui réclame de trouver le projet adéquat, les bons collaborateurs, et un réalisateur à la hauteur. Sophie pouvait difficilement mieux tomber, tant Mel Gibson, loin de faire la une des tabloids à l'époque, surprend son monde avec cette biographie épique d'un historique patriote écossais. Cantonnée à des rôles qui tiennent hélas souvent du faire-valoir dans les reconstitutions françaises (La Fille d'Artagnan), elle parvient ici à tirer la substantifique moelle de sa partition.
Le Monde ne suffit pas
Le personnage ne restera peut-être pas dans les mémoires, et cet épisode de la saga d'espionnage britannique est loin de figurer parmi ses plus inoubliables chapitres, mais quoi qu'on en dise, partager l'affiche avec James Bond constitue désormais une forme de consécration pour les grandes comédiennes ou espoirs féminins. Ce ne sont pas Bérénice Marlohe, Carole Bouquet et Eva Green qui diront le contraire. Une fois de plus, les charmes de l'actrice font des ravages.
Belphégor
Personne ne le sait ni ne l'explique mieux que Michel Galabru, mais tout comédien qui se respect se doit d'avoir au compteur quelque formidable nanar. C'est chose faite avec cette relecture du classique de la télévision française, qui laissera sur le carreau public et critiques. Direction artistique complètement incohérente (les spectres roses), casting pléthorique et schizophrène, écriture caviardée d'incohérence, le film est intégralement raté, à moins de prendre le parti d'en rire. Reste comme toujours Sophie Marceau, qui sauverait presque l'entreprise à elle seule. Presque...
LOL
Le moins que l'on puisse dire, c'est que le cinéma ne fait pas de cadeau dès lors qu'il est question de l'âge des actrices. Annie Girardot le rappelait dans un témoignage vibrant sur la scène des César. Le cinéma a beau chouchouter les membres de sa famille, il lui arrive également de les oublier quand point l'âge, et plus particulièrement la fatidique barrière des quarante ans. Ajoutez à cela quelques insuccès, et vous comprendrez qu'une grande partie de la profession ne donnait pas cher du futur de la comédienne. Sophie saura néanmoins tordre le cou aux médisant et s'imposera une nouvelle fois au sommet du box-office avec cette comédie qui ausculte finement l'air du temps et les atermoiements de la génération Y et de ses géniteurs. La femme presque mûre assume son parcours et son âge, et rappelle à tous ceux qui en doutaient que le Septième Art aurait bien tort de ne pas compter sur elle.




