Quand Jean-Luc Godard rencontre ses producteurs du Mépris, il leur promet qu'avec cette adaptation d'un roman d'Alberto Moravia, il tournera un film plus commercial que ses précédents essais. Il bénéficie pour cela d'un plus gros budget que d'habitude à savoir 500 millions de francs soit dix fois plus que pour A bout de souffle. Le cinéaste demande à tourner avec Frank Sinatra et Kim Novak mais les producteurs lui conseillent plutôt d'engager Marcello Mastroianni et Sophia Loren. Godard finit par aborder et convaincre Brigitte Bardot d'incarner Camille. C'est finalement Michel Piccoli qui jouera son mari.
Dans un numéro des Cahiers du cinéma sorti en 1963, Jean-Luc Godard déclarait à propos de son nouveau film : "Le mépris m'apparaît comme l'histoire de naufragés du monde occidental, de rescapés du naufrage de la modernité, qui abordent un jour, à l'image des héros de Jules Verne et de Robert Louis Stevenson, sur une île déserte et mystérieuse, dont le mystère est inéxorablement l'absence de mystère, c'est-à-dire la vérité."Le cinéaste ajoutait également : "Le Mépris prouve en 149 plans que dans le cinéma comme dans la vie, il n'y a rien de secret, rien à élucider, il n'y a qu'à vivre et à filmer."
Le Mépris a été financé par trois grands producteurs des années soixante : Carlo Ponti, Georges de Beauregard et Joseph E. Levine, non crédité au générique. Les deux premiers ont soutenu les débuts de la nouvelle vague. Carlo Ponti a ainsi collaboré au financement de Lola de Jacques Demy, Une femme est une femme et Les Carabiniers de Jean-Luc Godard ainsi que L' Oeil de Vichy et Landru de Claude Chabrol. Il s'éloigne de ses jeunes cinéastes après 1963. En parallèle à ce mouvement, Carlo Ponti a produit de nombreux chefs d'oeuvre comme La Strada de Federico Fellini, Le Doulos de Jean-Pierre Melville, Le Docteur Jivago de David Lean et Blow-up d'Michelangelo Antonioni.Le destin de Georges de Beauregard est également étroitement lié à la Nouvelle Vague. En 1960, il produit A bout de souffle et de nombreux films de Godard par la suite. Sa carrière le mène à collaborer également avec Chabrol, Jacques Rozier, Agnès Varda, Eric Rohmer et Jacques Rivette.Quant au producteur Joseph E. Levine, il est surtout connu à l'époque pour son travail dans la distribution de peplums italiens peu coûteux aux Etats-Unis. Il a également amené de grands films d'auteur comme Rome ville ouverte, Le Voleur de bicyclette ou Huit et demi en Amérique. En 1967, il produit Le Laureat de Mike Nichols qui connaît un énorme succès.
Le producteur Jeremy Prokosch est interprété par Jack Palance. L'acteur américain était surtout connu à l'époque pour ses rôles de méchants. C'est un tueur dans Panique dans la rue d'Elia Kazan ou dans L' Homme des vallées perdues de George Stevens. Son rôle dans Le Mépris lui avait été présenté comme celui d'un producteur italien. Il n'avait aucune autre indication sur son personnage. Perdu, le comédien ne fut pas très satisfait du tournage du film et s'emporta plusieurs fois contre les caprices de stars de Brigitte Bardot et l'indifférence de Jean-Luc Godard à son égard. Le cinéaste semble s'être inspiré de Joseph E. Levine et du producteur de La Comtesse aux pieds nus pour construire son personnage.
Quand elle tourne Le Mépris, Brigitte Bardot est une immense star internationale. Pendant le tournage à Capri, elle est harcelée par de nombreux paparazzis. En 1963, son goût pour la comédie n'est plus à prouver. Elle a déjà tourné avec de nombreux cinéastes reconnus comme Roger Vadim, Claude Autant-Lara, Henri-Georges Clouzot ou Louis Malle. Habituée à des rôles plus léger, c'est avec hésitation qu'elle accepte la proposition de Jean-Luc Godard de tourner un film avec lui. Sa performance dans le Mépris reste pourtant une de ses compositions les plus célèbres.
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